Tournée des 40 ans de KASSAV :Jocelyne Béroard  »… Nous avons envie de faire quelque chose qui nous ressemble, de dire aux gens qui nous sommes. On ne sera jamais un sous-produit américain ».

CULTURE

Même si Kassav’ est officiellement né en 1979 en Guadeloupe, à près de 5 000 km du continent, les ambassadeurs du zouk y sont accueillis comme chez eux. Mais la passion reste durable. Rencontre avec Jocelyne Béroard, un des membres historique de cette formation emblématique .

Comment expliquez-vous la longévité de Kassav’ ?

Jocelyne Béroard : On n’a jamais fait de la musique pour devenir des stars ou passer à la télé… Nous avons envie de faire quelque chose qui nous ressemble, de dire aux gens qui nous sommes. On ne sera jamais un sous-produit américain.

Avez-vous été surpris de votre succès en Afrique ?


J.B. : Après les concerts, en boîte, des fans nous monopolisaient pour faire des photos, certains étaient en larmes. On nous disait : « Vous êtes des dieux ! » C’était fou, quelquefois gênant… Bien sûr, ils ne comprenaient pas le créole, mais ils répétaient plus ou moins phonétiquement, ou ils créaient leurs propres versions. « Zouk-la Sé Sel Médikaman Nou Ni » est, par exemple, devenu « Zouk-la, j’ai mangé un demi-kilo de riz » !

Entre 1985 et 1987, vous sillonnez le continent : Kinshasa, Yaoundé, Luanda, Dakar… Comment s’est passée cette tournée africaine ?

J.B. : C’était l’aventure ! Il y avait alors peu de gens fiables pour planifier des dates, et parfois ça a été chaud. Certains organisateurs ont disparu au moment où on devait payer l’hôtel… Au Gabon, Mme Bongo [la chanteuse Patience Dabany] avait loué du matériel à un autre organisateur qui s’est évaporé. En 1987, quand nous sommes partis au Zaïre, c’est un avion de type Hercules, généralement utilisé par les militaires, qui a été affrété. Nous étions assis sur des chaises semblables à celles des écoliers, qui n’étaient pas fixées au plancher, avec une même ceinture de sécurité pour une rangée de cinq personnes ! Il nous est même arrivé de faire des trajets aériens carrément sans siège…

En Angola, justement, dans le sud de Luanda, existe aujourd’hui la Maison du zouk, qui rassemble plus de 10000 albums.

J.B. : Oui, c’est un musée, le seul consacré à notre musique. Dans nos îles, la reconnaissance institutionnelle a encore du mal à venir. Je vois plus facilement une « maison de la musique » ouvrir qu’une « maison du zouk ».

Et c’est à Kinshasa que vous avez tourné le clip de Syé Bwa…

J.B. : Nous étions alors sur place pour un concert. Une équipe de télévision était avec nous et nous a invités à faire une vidéo. Moi j’étais dubitatif, je ne voyais pas bien ce que nous pouvions filmer. Mais, dans le quartier de Matonge, le cameraman a posé son pied de caméra et m’a dit : « Attends, tu vas voir. » Cinq minutes plus tard, il y avait un attroupement autour de nous… ce qui donne ces scènes dingues de foule dans le clip.

J.B. : Oui… L’Afrique s’est ouverte à nous avant même la France, l’Europe ou les États-Unis. Le continent a accueilli nos premiers gros concerts hors des Antilles… Il y a un lien particulier.

Source :Jeune Afrique

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